Briser les tabous sur scène

Comment sensibiliser les populations étrangères à la thématique de la violence domestique ? Au Luxembourg, pays accueillant de nombreuses nationalités, la question se pose. D’autant que la langue ou la culture constituent parfois une barrière entre les institutions luxembourgeoises et les ressortissants étrangers.


Le pari du CCPL, la confédération des communautés portugaises au Luxembourg, est de miser sur le théâtre comme espace de parole et de partage. Une expérience utile pour briser les tabous autour de la violence domestique.

Interview avec Sónia Tomás coordinatrice du projet de théâtre-débat « PALCOS » et Marcela Dias, coordinatrice de projets concernant la violence domestique au CCPL.

Mme Tomás, pourquoi ce projet de théâtre ?

Sónia Tomás : « C’est avant tout un projet de prévention et de sensibilisation. Je pense que la communauté lusophone a des questions particulières concernant la violence et il faut lui donner des réponses adaptées.
L’atout de notre projet est d’être participatif. Il propose aux membres du public de se mettre dans la peau des personnages de la pièce. En se mettant ainsi à la place d’un autre, ils obtiennent des réponses concrètes. »

Comment se déroule une représentation ?

S. T. : « Les scénarios de nos pièces sont basés sur des faits réels. Ils sont en partie joués par des acteurs, et en partie par des personnes issues du public. Lors de la représentation, un facilitateur invite les membres du public sur les planches et leur donne des instructions pour improviser la suite de l’histoire.
Petit à petit, le facilitateur questionne cette personne sur son rôle, lui fait parler de ses sentiments. Un véritable dialogue prend forme.
Après la représentation, nous ouvrons un débat auquel tout le monde participe. Nous pouvons alors parler plus en détail de l’aspect psychologique de la pièce de théâtre, mais aussi du vécu des différents participants. »

Le public se prend-il facilement au jeu ?

S.T. : «Nous faisons à peu près trois représentations en présence de 80 à 100 spectateurs. Au début ceux-ci sont évidemment un peu réticents. Mais grâce au facilitateur et grâce au caractère participatif de la représentation, ils s’identifient assez facilement au scénario. Il arrive même que des personnes ayant vécu ou entendu une histoire similaire parlent de leur propre expérience.
La vertu de notre théâtre participatif est surtout de dédramatiser la violence domestique. Il brise les tabous, si bien que les spectateurs n’ont plus aucune crainte d’en parler.
Cela dit, notre facilitateur bénéficie d’une formation spéciale, financée par le ministère de l’Égalité des chances. Il connaît la loi au Luxembourg et les réseaux d’aide aux victimes de violence domestique. »

Une personne lusophone peut-elle s’adresser au CCPL en cas de violence domestique ?

Marcela Dias :« Oui, pour cela nous avons un cabinet d'appui psycho-social. Ce dernier fournira des informations et orientera cette personne vers une association appropriée.
Ce cabinet a été créé pour accompagner les personnes dans leurs diverses démarches, fournir de l’aide ou un soutien linguistique. De ce point de vue, il constitue une aide précieuse pour les personnes qui ne sont pas à l’aise avec le luxembourgeois ou le français. Mais conformément à la mission du CCPL, ce cabinet ne se substitue pas aux associations existantes. Il est un premier point d’entrée par lequel nous analysons des besoins, des détresses, et les orientons par la suite. »

Pensez-vous que la communauté portugaise ait une attitude différente quant à la violence domestique ?

Marcela Dias :« Dans des familles très traditionnelles, les femmes ont peut-être tendance à en parler moins souvent. En revanche, elles réagissent très vite à des cas de violence qui impliquent des enfants. Dans ce cas, les tabous sont vite levés. »

Site internet de la Confédération de la Communauté portugaise au Luxembourg
Cabinet d'Appui Psycho-social
  • Mis à jour le 25-02-2016