Femmes en détresse

Interview avec Karin Manderscheid, présidente de Femmes en Détresse

1) Mme Manderscheid, le site de l’association Femmes en Détresse affiche une panoplie de services d’aide aux femmes et jeunes filles en détresse. Lesquels s’adressent en particulier au problème de la violence domestique ?

Karin Manderscheid : « Parlons tout d’abord des refuges qui permettent à une victime de violence d’échapper à une situation violente à son domicile. Ce sont des foyers de dépannage permettant d’offrir un secours immédiat en cas d’urgence. Le Fraenhaus accueille des femmes avec ou sans enfants, tandis que le Meederchershaus remplit la même fonction pour les jeunes filles.

Viennent ensuite les services de consultation et d’information.

Le bureau Oxygène est un bureau d’information et de consultation pour les jeunes filles. Il travaille en collaboration avec le Meederchershaus. Pour les femmes, cette fonction est remplie par le service VISaVi.

Lorsque la procédure d’éloignement de la loi du 8 septembre 2003 sur la violence domestique est en cours, le Service d’Assistance aux Victimes de Violence Domestique intervient proactivement, comme prévu par la loi.

Enfin, j’insiste sur le service PSYea, qui permet une prise en charge des enfants et adolescents victimes ou témoins de violence domestique. L’intervention d’un service spécialisé est plus que jamais nécessaire pour travailler avec eux sur ce qu’ils ont vécu. Aussi l’équipe comporte également un homme pour donner une image positive des hommes qui sont en majeure partie les auteurs de la violence domestique. »

2) Pouvez-vous nous expliquer les raisons qui ont mené à la création des différentes structures de Femmes en détresse. Comment se complètent-elles ?

Karin Manderscheid : « Il est vrai en effet que nos services ne répondent pas uniquement à des problématiques de violence domestique, mais abordent aussi des situations de détresse morale, physique, économique ou sociale des femmes.

Il n’en reste pas moins que tout a commencé avec l’absolue nécessité d’offrir un espace d’accueil et de soutien aux femmes victimes de violence domestique avec le Fraenhaus. A la fin des années 70, il existait déjà d’autres refuges pour femmes, mais ils ne traitaient pas spécifiquement la violence domestique.

La création des autres services a été la conséquence des expériences et constats faits par nos collaboratrices au contact avec les femmes. Grâce à eux nous couvrons désormais de nombreux domaines.

Ainsi, la création du Centre pour femmes, familles et familles monoparentales (CFFM) en 1986 correspondait au besoin de beaucoup de femmes de trouver un emploi et de stabiliser leur situation de vie.

Le NAXI est un service qui se concentre davantage encore sur la réinsertion professionnelle des femmes. Créé dans les années 90 il répondait alors au phénomène des « femmes rentrantes », femmes qui reprennent la vie active après une période plus ou moins longue pendant laquelle elles se consacraient à l’éducation des enfants.

Actuellement, le Naxi leur offre du soutien pour reprendre le travail : formations qualifiantes, acquisition de compétences professionnelles et linguistiques. Il constitue une mesure de réinsertion importante, car beaucoup de participantes maîtrisent mal les langues usuelles du Luxembourg et possèdent peu de qualifications, voire aucune.

L’objectif de la conciliation de la vie familiale avec la vie professionnelle a conduit à la création de services de garde spécifiques pour les enfants : le Foyer Kannerhaus dont le fonctionnement est comparable à celui d’une crèche interne et qui permet aux femmes de suivre une formation ou d’avoir une consultation au sein d’un des services de l’asbl, et le Service Krank Kanner Doheen qui offre une prise en charge à domicile des enfants malades.

L’un des services les plus récents est le SAVVD, inclus dans la loi de 2003, qui intervient dans le contexte des procédures d’expulsions des auteurs de violence domestique. »

3) Comment se déroule une prise en charge par les services de FED ?

Karin Manderscheid : « Il n’y a pas de parcours type dans ce domaine. En général, il y a plusieurs scénarios de prise en charge.

Au minimum, nous nous limitons au conseil et à l’information. Une femme appelle le service téléphonique Fraentelefon, nous apportons une réponse à ses questions.

Un deuxième scénario consiste à rediriger un tel appel vers un service approprié afin de proposer une véritable prise en charge : le Fraenhaus pour une solution d’hébergement dans le contexte d’une situation de violence domestique, le CFFM pour élaborer un nouveau projet de vie suite à un accident de la vie ou toute autre situation de détresse.

Dans ce cas de figure nos services aideront la femme à thématiser ses problèmes et à travailler sur sa situation de vie afin de s’en sortir. Il faut savoir qu’une femme victime de violence domestique affiche une certaine fragilité psychique, indépendamment de son niveau de formation ou de son statut social. L’objectif de notre travail est de la stabiliser psychiquement, de lui redonner confiance en elle-même et dans ses compétences.

Dans le troisième scénario, il s’agit d’une intervention du SAVVD dans le contexte d’une procédure d’éloignement d’un auteur présumé de violence domestique. Cette intervention proactive a lieu sous forme d’un suivi psychologique, juridique voire administratif de la victime. Si ses enfants ont également souffert de la situation de violence familiale, le service PSYea intervient également.

Le quatrième scénario consiste en la participation des femmes à des formations du Naxi en vue d’une réinsertion ou insertion sur le marché du travail.

Le cinquième cas de figure est moins fréquent: il s’agit d’un suivi de longue durée, s’étalant parfois sur plusieurs années, de femmes qui habitent un logement de 2e phase mis à disposition par le Fonds du Logement et géré par l’association Femmes en Détresse. »

4) L’asbl FED a été créée par le mouvement de libération de la femme (MLF) à une époque particulière, à peine 4 années après la loi sur l’égalité salariale. Quelle vision la FED a-t-elle aujourd’hui de son rôle sociétal ?

Karin Manderscheid : « L’association FED a effectivement été créée dans un contexte où le militantisme et le féminisme n’étaient pas de vains mots. Entretemps, la société a changé, mais les problèmes restent les mêmes : la réalisation de l’égalité de traitement entre femmes et hommes reste un objectif prioritaire, de même que plus spécifiquement la protection contre la violence domestique, l’information, la consultation, l’insertion dans le monde du travail restent d’actualité. »

5) Vos origines remontent au militantisme des années 70. Êtes-vous aujourd’hui un simple prestataire de services ou estimez-vous que vous devez jouer un rôle dans le domaine des politiques publiques ?

Karin Manderscheid : « Nous représentons les intérêts des femmes en général et plus particulièrement celles qui sont défavorisées, victimes de violence domestique ou par ailleurs dans une situation de détresse.

Nous intervenons auprès du gouvernement et notamment auprès du ministère de l’Égalité des chances pour améliorer leur situation de vie, nous dialoguons avec les partis politiques et les autres acteurs sociétaux.

Si nous l’estimons nécessaire, nous prenons position, comme nous l’avons fait au sujet des amendements proposés par le gouvernement concernant le projet de modification de la loi du 8 septembre 2003 sur la violence domestique ou bien par rapport au projet de modification de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. Nos avis sont publiés et peuvent être consultés sur notre site.

  • Mis à jour le 25-02-2016