Interviews

Mieux comprendre ce qui mène à la violence

le Centre d’Etudes en Santé du CRP-Santé a lancé un projet d'étude sur les causes de violences domestiques au Grand-Duché de Luxembourg. Interview avec Honorine Santerre, assistante scientifique au CRP Santé

Que sait-on sur le profil d'un auteur de violence domestique ?

Honorine Santerre : Selon les chiffres du SAVVD (Service d'assistance aux victimes de violence domestique), 91.88% des auteurs sont des hommes. La majorité des auteurs sont de nationalité européenne (78.43%), avec 34.45% de nationalité portugaise et 30.53% de nationalité luxembourgeoise. Si la violence domestique est présente dans toutes catégories socio-professionnelles, on relève tout de même une part importante de "salarié(e)s à tâche principalement manuelle" (33.61%), et 25.77% sont sans emploi.

Que vous apportera cette étude ?

Honorine Santerre : L'étude en cours permettra notamment d'apporter des données complémentaires à celles produites dans le cadre du rapport annuel du comité de coopération entre professionnels dans le domaine de la lutte contre la violence.

Elle est menée au regard de l’augmentation supposée de la violence domestique au Luxembourg (+35.2% mesures d’expulsions entre 2010 et 2012), pour le MEGA. L'objectif est une recherche approfondie sur les causes de violence domestique au Grand-Duché du Luxembourg. Ainsi, elle permettra d’apporter une connaissance plus fine « des auteurs, des victimes et des situations de violences domestiques ».

Comment, précisément ?

Honorine Santerre : Nous analyserons les trajectoires, ruptures et événements de vie qui peuvent déclencher des contextes sociaux de violence dans la sphère privée…

Il s’agira d’éclairer les facteurs de risques et de protection, et les processus sociologiques de construction de la violence domestique. Mieux caractériser et comprendre ce public, nous permettra d’orienter les politiques et mesures de prévention de manière plus ciblée au Grand-Duché du Luxembourg.

Quel est l'intérêt public de cette étude ?

Honorine Santerre : Bien que la violence domestique concerne pour grande partie le secteur judiciaire, ses conséquences sur la santé physique et mentale en font un enjeu de santé publique, non seulement national mais international.

On dénombre 801 interventions de la Police Grand-Ducale en 2012, concernant des faits de violence domestiques… un chiffre qui suscite l’attention. Et pourtant, ceci n’est que la partie visible de l’iceberg. La violence domestique est un sujet encore « trop tabou », souvent vécu dans l’intimité de la cellule familiale ; et qui concerne toutes les catégories sociales.

À quoi ressembleraient des mesures de prévention concrètes et efficaces ?

Les résultats de l’étude sur la caractérisation des situations de violences et l’audition de professionnels et d’experts nationaux spécialistes de cette question permettront d’élaborer des recommandations en matière de politique et mesures de prévention.

A ce jour, nous savons que celles-ci doivent faire l’objet d’une adaptation au public cible (victimes et auteurs) mais doivent également sensibiliser le grand public. Les mesures devront s’inscrire à différents niveaux : sociaux, juridiques, médicaux, psychologiques… Elles envisageront à la fois la sensibilisation à la thématique pour la population générale, plus particulièrement les jeunes, et la promotion de mesures de protection et d’accompagnement pour les victimes et les auteurs.

En savoir plus: rapport annuel du comité de coopération entre professionnels dans le domaine de la lutte contre la violence (2012).

  • Mis à jour le 01-06-2016